Constructeurs d'autrefois

ACOUSTECH

 

1 - Un peu d'histoire 

Cet amplificateur stéréophonique à transistors  fut produit en 1964 par ACOUSTIC TECHNOLOGY LABORATORIES, société installée au 139 Main Street, Birmigham, Massachusetts, USA.

Cette compagnie également connue sous le nom Acoustech fabricait des tuners, des amplificateurs et des haut-parleurs électrostatiques de technologie très avancée et de prix conséquent. A titre d'exemple, en 1961 le célèbre préamplificateur Marantz 7, compagnon du non moins célèbre Marantz 8 était vendu $249.00 alors que  pour devenir propriétaire d'un préamplificateur Acoustech II, son concurrent direct, il fallait dépenser $348.00, soit l'équivalent de $2500.00 aujourd'hui.

L'histoire d'Acoustech est intimement liée à celle d'Arthur A. Janszen, le père de KLH et de son modèle 9. Mr Janszen, lorsqu'il rejoint Acoustech fut à l'origine des non moins célèbres Acoustech 10 dans les années 60. Ces enceintes et ces électroniques font partie de l'histoire de la haute fidélité.

Arthur A Janszen
Arthur A. Janszen



KLH Nine
KLH Model Nine


A
près avoir abandonné la compagnie KLH qu'il avait fondée dans les années 50,  Arthur A. Janszen s'est investi dans diverses activités non liées à l'acoustique, dont la participation au développement de méthodes d'agriculture dans le cadre d'une collaboration entre le Mexique et les Etats-Unis.  
Acoustech fut le résultat d'une proposition faite par un groupe d'investissement comprenant la compagnie  Koss Electronics, Inc. qui approcha Mr Janszen avec une offre qu'il ne pouvait pas refuser :  le développement d'un haut-parleur électrostatique "full range". Celui-ci intégrerait pour la première fois  au monde un amplificateur à très haute-fidélité transistorisé opérant en classe AB. Ce projet allait devenir le célèbre Acoustech X de cette compagnie également connue sous les noms de Acoustech, Inc. ou encore  Acoustech Division of  Koss Electronics.

Le système fut aussi dénommé "Ten", en forme de clin d'oeil mais aussi d'hommage à la mondialement connue KLH Nine née sous d'autres auspices et définie alors comme "the best available loudspeaker system, regardless of cost" par le magazine Stereophile et dont un des rédacteurs, J. Gordon Holt, affirmait sans hésiter en 1968 : "This is probably the most nearly perfect loudspeaker we have tested until this time"

L'Acoustech Ten , avec son préamplificateur Acoustech VI  allait encore plus loin et fut une référence à laquelle ont été comparées pendant longtemps toutes les nouvelles productions de systèmes haut de gamme.
La compagnie Janszen Loudspeakers  propose encore aujourd'hui des haut-parleurs électrostatiques et c'est David Janszen, un des fils d'Arthur A. Janszen qui la dirige. Une autobiographie d'A.A.Janszen est en ligne sur le site de Janszen Loudspeakers sous ce lien.


 


2 - L'amplificateur Acoustech VII

Après cette  introduction un peu longue mais nécessaire revenons à cette pièce de musée  arrivée entre mes mains grâce à  Frédéric M., un noble donateur que je remercie ici.  C'est la troisème fois qu'un tel évènement se produit, avec une première contribution dès la mise en ligne du site puis récemment avec des enceintes H.H. Scott. Cette fois le don est d'importance non seulement par la générosité et le désintéressement du geste  mais aussi comme vous l'avez compris en lisant les lignes ci-dessus par le témoignage qu'il porte sur l'histoire de la haute-fidélite. Sachez  juste pour ressentir un petit  frisson rétrospectif que cet amplificateur était sensé achever son existence dans la benne d'une déchetterie...

L'examen extérieur montre un appareil en parfait état de conservation et d'aspect cossu avec sa face avant en aluminium brossé de couleur champagne comprenant un bandeau poli dans sa partie inférieure. Le capot est constitué d'une tôle d'aluminium brossé et anodisé noir. La sérigraphie des boutons ne laisse aucun doute sur la séparation complète des canaux puisque les réglages de tonalité sont indépendants pour chaque voie. Les sélecteurs sont classiques pour l'époque et offrent des fonctions qui semblaient appréciées : stéréo, mono, inversion des canaux etc... On retrouve ce genre de commande sur le Marantz 1040 par exemple.  

 

La dépose du capot confirme ce que la façade laissait deviner : une construction modulaire avec des circuits totalement séparés pour les voies droite et gauche. Seul le transformateur d'alimentation est commun aux deux voies. Les composants sont généreusement dimensionnés, notamment les condensateurs de filtrage des rails d'alimentation.

 



Une deuxième particularité attire immédiatement le regard : toute l'électronique de cet amplificateur tient sur quatre cartes enfichables ! Deux cartes (une par canal) sont chargées de la préamplification du signal et des corrections de tonalité et deux autres comportent les étages drivers des transistors de puissance. C'est une conception inhabituelle pour l'époque dénotant une approche extrêmenent rigoureuse en vue d'une maintenance facile et rapide, à la manière de ce qui se faisait alors sur le matériel de mesure ou certaines applications militaires. Il ne faut pas oublier que  A.A.Janszen fut fondateur et président de  la Janszen Laboratory, Inc. of Cambridge en 1954
et qu'il a participé à d'importants programmes de recherche pour l'US Navy dans les systèmes d'écoute sous-marine.  Il faut probablement voir là l'origine de la conception modulaire de cet appareil, sans doute le reste de pratiques habituelles sur des matériels construits pour durer et faciles à réparer dans un environnement hostile.

Les transistors dédiés aux petits signaux, dont certains sont des modèles au germanium, sont eux-mêmes enfichés dans des supports, ce qui permettait de les remplacer sans avoir besoin d'un fer à souder ! Evidemment aucune des références utilisées dans cet appareil (j'en ai dressé la liste) n'existe plus dans aucun catalogue. Les transistors de puissance  sont des modèles de chez RCA en boîtier TO3.

D'une manière générale la construction et le câblage font penser à une fabrication à la pièce ou en très petite série où la main de l'ouvrier technicien intervient pour la totalité des opérations. Voir par exemple le câblage des connecteurs « edge »sur le châssis, alors utilisés exclusivement dans l'électronique industrielle et professionnelle. Les circuits imprimés sont sur un substrat en bakélite phénolique car l’époxy n’était pas encore généralisé comme maintenant.

L'examen visuel, les marquages de quelques composants et leur dimension laissent envisager une puissance qui doit se situer autour d'une cinquantaine de watts par canal, ce qui classait cet ampli dans les modèles très puissants (pour l'époque). Cela sera vérifié à la mesure lors des contrôles et remises en état éventuels. 

 

Janvier 2009 : 45 ans après sa sortie d'usine, l'Acoustech VII reprend vie

J'ai procédé au traitement habituel : pulvérisation à l'isopropanol, brossage puis séchage à l'air comprimé, plus quelques opérations rendues nécessaires par le transfo en 110V d'origine qui m'a obligé à le recâbler pour un fonctionnement en 230V (enroulements primaires en série au lieu de parallèles).

Entre parenthèse, une pulvérisation d'alcool isopropylique sous 2 à 3 bars dans un potard qui crachouille c'est absolument radical, il devient totalement silencieux !

Petit souci rencontré : les deux cartes électroniques des étages drivers étaient cassées au niveau du connecteur : bakélite fendue. Je les ai réparées à la colle cyanoacrylate et cela  tient très bien. 

Sinon tout est strictement conforme à la fabrication de l'époque, ainsi que je le souhaite généralement lors d'une restauration. Seule concession à la modernité : l'installation d'une LED à la place du néon témoin de mise sous tension d'origine qui était vraiment faiblard mais j'ai pris soin de cacher la LED dans le boitier du néon, ainsi on ne voit pas de différence de l'extérieur. Une restauration pour collectionneur en quelque sorte.

L'ampli fonctionne depuis le début de la soirée, il faudra ensuite que je fasse quelques mesures (bande passante, puissance avant écrêtage, signaux carrés à 40Hz et 10KHz, distorsions diverses). Pas d'échauffement, bruit de fond inaudible, c'est assez émouvant de voir ce pépé en pleine forme. Je procèderai à des écoutes attentives quand j'en aurai le temps car il est tard et je suis un peu fatigué, mais le son est neutre, bien clair, avec une très belle assise dans le grave et l'espace est correctement rendu. Bref, cet ampli a repris vie 44 ans après sa sortie de l'usine Acoustech et sans doute un très long sommeil quelque part dans un grenier, et il est en pleine forme.