La fonction auto-align pour les nuls

 

 

 

1 - A quoi est-ce que c'est-il auquel c'est fait pour? (Georges Marchais)

Le but de cette section n'est pas de faire une conférence façon "connaissance du monde" intitulée "la Phase, sa vie, son œuvre". Il s'agit juste d'apprendre à se servir correctement de la fonction auto-align dont est doté notre DCX (merci Uri) afin d'obtenir des résultats moins hasardeux que le tirage du loto. Car les facétieux ingénieurs ingénieux ont dissimulé là quelques pièges qui peuvent donner du piment à la vie, autrement si monotone, de l'audiophile moyen.

Basiquement, ce système doit permettre aux sons émis par les différents haut-parleurs d'atteindre simultanément votre oreille à votre point d'écoute habituel. Pour cela un retard (delay) va être appliqué aux HP dont la zone d'émission (on parle de centre acoustique) est la plus proche de telle sorte qu'ils soient alignés avec celui dont la zone d'émission est la plus éloignée. Est-ce important ? Oui car, au minimum, ces décalages temporels peuvent introduire des irrégularités dans la courbe de réponse.

 

(Avis aux muscidophiles obsessionnels qui trouvent mes explications simplistes : relisez le titre, c'est clair, non?)

 

2 - Comment est-ce que c'est qui faut qu'on s'en sert? (Mireille Mathieu)

D'abord, lisez très attentivement les pages 10 & 11 (chapitre 4.2.2) de la documentation fournie par Behringer, puis oubliez-les !

Ensuite, procédez à l'installation. Le micro, raccordé à l'entrée C du DCX via un câble symétrique - pensez à selectionner l'entrée analogique dans le menu SETUP - doit être placé à hauteur d'oreilles, à votre place d'écoute habituelle et pointé vers le centre de l'espace séparant vos chères enceintes (dans tous les sens du terme). Sur le DCX vous allez répondre un "YES" franc et massif à tous les paramètres disponibles, a savoir: LONG DELAY, SHORT DELAY, et POLARITIES. Vous verrez plus loin que se cachent ici quelques petites espiègleries de nos ingénieux ingénieurs. Maintenant, à l'aide de la fonction "muting" propre à chaque voie, nous pouvons sélectionner ce que nous voulons aligner :

Si vous êtes en configuration 2 x 3 voies actives, je vous recommande vivement de n'effectuer la mesure que sur une seule enceinte à la fois. Comme le micro se trouve théoriquement au sommet d'un triangle isocèle, vous devriez obtenir les même résultats à droite et à gauche, ce qui est une manière de vérifier approximativement la fiabilité de la mesure. A condition bien sûr que les deux enceintes sont identiques (ne riez pas, j'ai vu tellement de "choses").

Si vous êtes en configuration 2 x 2 voies + sub., n'effectuez pas de mesure directe avec le caisson de graves. Dans ce cas la fonction auto-align est en effet susceptible de créer plus de problèmes qu'elle n'en résoud. Je traite cette configuration séparément. Vous êtes gâtés, hein !

Maintenant vous devriez pouvoir obtenir une mesure. Vous contrôlez le volume de sortie avec la molette centrale du DCX. Dans la plupart des cas les résultats sont fiables et le DCX remplit efficacement son rôle, mais il faut pourtant garder à l'esprit que les choses sont parfois, euh…, légèrement plus compliquées qu'il n'y paraît, sans même parler de la loi de Murphy !

 

 

1er piège : le micro

Fort de votre lecture, vous sortez de son écrin en bois précieux votre micro électrostatique de studio Bruelheiser & Schoepsmann entièrement doré à la main et vous l'installez comme il se doit sur son pied. Vous avez tourné le volume à donf, et pourtant, nicht, nada, que dalle, l'afficheur indique ceci :

 

 

Normal, car Uri n'a pas poussé la générosité jusqu'à fournir une vraie alimentation fantôme 48V sur l'entrée C. Elle ne fournit chichement que du 15V. "Qu'à cela ne tienne, dites-vous, je vais utiliser un micro dynamique". Résultat, malgré un niveau sonore tellement élevé que vous n'entendez pas les gendarmes qui tambourinent à votre porte, vous obtenez également ceci :

 

Normal, car il a aussi pensé à vous empêcher d'utiliser n'importe quel micro en gratifiant l'entrée C d'une sensibilité médiocre ! Que vous faut-il ? Juste un micro disposant d'une sensibilité suffisante (-50 à -60 dB). Genre ça : 90.6482-5. Vous pouvez aussi adopter le micro de mesure Behringer ECM8000. Et hop, quelques € de plus dans la tirelire d'Uri ! Bon, je n'ai rien contre ce micro qui est suffisamment linéaire pour servir à un analyseur temps réel. A vous de voir.

 

2ème piège : la configuration

Ca y est, vous avez effectué une mesure. Le DCX a joué sa petite partition d'impulsions (le tchiiit, tchiiit que vous avez entendu) et des valeurs de délai ont été obtenues. Tout semble parfait. Champagne ? Un peu prématuré peut-être, car l'appareil n'applique pas ces valeurs…Je le sais, ça m'est arrivé ! J'utilisais mon système de mesure FFT afin de vérifier entre-autres choses les performances de la fonction auto-align du DCX. Bien que mes mesures corroborassent presque parfaitement celles fournies par l'appareil, je voyais bien sur l'impulsion que les HP n'étaient pas correctement calés. Jusqu'à ce que je m'aperçoive que je n'avais pas coché la petite case nécessaire… c'est bête, non ? Sur le DCX lui-même, vous devez cocher la case "delay / on" sur chacune des sorties (documentation p 17, chapitre 4.5.5) :

 

 

Si vous utilisez le logiciel de réglage du DCX par ordinateur, n'oubliez pas non plus de cocher la bonne case, qui se trouve à la page des Long Delay. Celle-la même où l'on ne s'arrête jamais parce qu'on ne s'en sert pas dans le cadre d'un système domestique. N'oubliez pas que le Behringer est destiné originellement à la sonorisation.

 

3ème piège : la polarité des HP

Certains se demanderont pourquoi laisser le DCX toucher à la polarité et la phase des HP. Je n'ai pas oublié mon objectif du début et je vais essayer d'expliquer simplement ce qui se passe: un haut-parleur agit lui-même comme un filtre qui va s'ajouter au filtrage "électrique", celui que vous avez réglé sur le DCX, et qui modifie les relations de phase dans la zone critique de recouvrement. C'est clair, non ?… Bon, d'accord, un exemple c'est plus simple: un tweeter recoupe un médium à 2500 Hz avec un filtrage à 12 dB/octave. La phase relative des deux HP est à 180°. Donc en inversant la polarité du tweeter par rapport au médium on rattrape cette différence au raccordement. C'est ce qui se produit en théorie.

polarité normale du tweeter

 

polarité inversée du tweeter

 

Dans la vraie réalité authentiquement réelle et effectivement véritable, les choses sont plus compliquées. Car le tweeter lui-même coupe les fréquences en dessous de 1000 Hz à raison de 12dB/octave. Donc en dessous de 1000Hz on aura 12+12dB/octave, soit 24dB. Le médium de son côté agit de la même façon vers 5000Hz mais avec une pente de 18dB/octave. Dans ces conditions la phase relative au raccordement entre les deux HP n'est plus du tout la même, puisqu'elle est d'environ 270°. Le DCX va essayer de remettre tout ça d'aplomb et d'équerre de façon à ce que les haut-parleurs aient une relation de phase identique à la théorie dans cette zone et que par conséquent ils se recoupent sans créer de creux ou de bosses irrémédiables dans la courbe de réponse.

 

Différence de phase avant alignement = 270°

 

Différence de phase après alignement = 180°

 

 

 

4ème piège : le système à caisson de grave unique

Il faut distinguer deux cas :

 

 

 

 

Attention : Ce procédé ne fonctionne convenablement qu'au point d'écoute. C'est pourquoi, après de nombreuses expérimentations, j'ai fini par abandonner le principe du grave unique. Je considère en effet qu'une des dimensions fondamentales du plaisir procuré par la musique est le partage. On doit donc pouvoir être plusieurs à écouter convenablement en même temps. C'est comme ça dans une salle de concert, il doit en être de même à la maison. Sinon, il y a le casque…