La lutte des classes

Octobre 2006

3 : Garçon, la suite !

 

La deuxième session consacrée à l'amplification en classe D a eu lieu ce dimanche 29 octobre. L'organisation et le planning de cette journée remarquable à plus d'un titre étaient conditionnés par la disponibilité des différents amplificateurs à tester et ce n'est que le vendredi matin précédent que cette date dans laquelle nous n'avions finalement pas vraiment le choix fut confirmée, Didier ayant travaillé d'arrache transistor pour que tous les amplis soient fin prêts.

Journée remarquable d'abord parceque je recevais des invités de marque : un des patrons de S. en charge des développements audio est venu de Ronchin (59) accompagné de Didier L. et Georges D. , ami audiophile de la région Lilloise et amateur exclusivement d'amplification à tubes sur système à pavillons. Franck M. et Jean François F. , acteurs du match précédent étaient également présents. Nous avons failli avoir en guest-star mon médecin-mélomane-traitant, le Dr Dominique P. dont j'ai parlé il y a quelques mois dans des circonstances amusantes. Il ne s'est finalement pas montré, redoutant peut-être notre supériorité numérique, au moins il ne pourra pas me reprocher d'avoir fait honneur au merveilleux Pommard apporté par Franck.

Journée remarquable ensuite par le professionalisme avec lequel a été effectuée l'installation du matériel en lisse ce jour là : Didier L. (Selectronic) avait mis au point spécialement pour nous un système de commutation ultra-sophistiqué et auditivement transparent que vous découvrirez plus bas. Sans toucher à quoi que ce soit d'autre qu'une télécommande il fut possible de passer d'un amplificateur à l'autre sans rien connaître que son numéro et sans avoir à brancher ou débrancher quoi que soit dans l'installation. Bien entendu les niveaux de sortie de chaque amplificateur avaient été soigneusement mesurés et ajustés au préalable de manière a obtenir strictement le même gain, ce qui est la condition indispensable d'une comparaison sérieuse, l'oreille est sensible à des écarts extrêmement ténus. Cet appareil devrait être proposés aux professionnels et aux revendeurs épris d'honnêteté tant il met en évidence de manière instantanée les différences les plus subtiles qui peuvent exister entre les électroniques.

 

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la méthode

C'est toujours la même, vous la connaissez maintenant depuis le premier match. Le CD utilisé a été optimisé : moins de plages, davantage de voix, et un zoom sur les méfaits de la compression dynamique grâce à 5 passages d'une oeuvre identique provenant de divers enregistrements. Cette partie du CD d'échantillons constitue d'ailleurs un test redoutable non pas pour le matériel mais pour les auditeurs : un petit quizz organisé quelques minutes avant le début des essais a montré que beaucoup se trompent sur ce qu'on appelle la dynamique.

La simplification de la commutation entre amplificateurs pouvait conduire à tomber un piège dans lequel chutent très facilement la plupart des audiop passionnés. Ce piège consiste à finir par effectuer des comparaisons instantanées et successives qui conduiront presque immanquablement à ne plus se concentrer sur autre chose que l'équilibre tonal ou sur celui des timbres, ou encore de de se focaliser sur un seul aspect de la restitution (qualité de l'aigu, du médium, etc.) au détriment des paramètres de transparence et de respect de la source enregistrée, seuls objectifs que la vraie haute-fidélité doit viser. Tomber dans ce piège est humain - ah l'irrésistible attirance pour le "beau son" - et il est arrivé à chacun un jour de se fourvoyer en déclarant préférer un appareil qui en réalité en fait trop par rapport à un autre réellement honnête et neutre mais moins enjôleur, les revendeurs peu scrupuleux le savent très bien et j'ai assisté avec amusement à cette scène plusieurs fois dans de grands auditoriums ou lors de "démonstrations". Lisez et relisez ceci : Audio Hell

Le commutateur d'amplificateurs mis au point par Didier a donc été apprécié pour son incroyable facilité d'utilisation qui nous a permis de nous concentrer exclusivement sur l'écoute, et nous avons bien pris garde à suivre le protocole de test du match précédent : une série d'enregistrements sur un amplificateur, changement d'ampli, même série sur l'amplificateur suivant etc. A la fin de la séance, les deux meilleurs amplificateurs ont été comparés sur moins d'extraits et cette fois, le passage de l'un à l'autre sur une séquence brève a permis de proclamer unanimement le vainqueur. Ce sélecteur télécommandable est vraiment un sacré outil ! Il est à noter qu'il n'interfère en rien sur le signal qui le traverse car il a été conçu avec une approche de puriste.

Très important, Selectronic avait pour la circonstance choisi d'assembler tous les amplis du test dans un unique modèle de coffret ProFet avec un but précis : l'impossibilité de savoir ce qui était écouté. Et de fait, malgré les menaces d'atteinte à son intégrité physique proférées par certains, Didier que l'on voit sur les photos plus bas a refusé catégoriquement de nous dire à quel amplificateur correspondait le numéro inscrit sur la face arrière et ce jusqu'à la fin de la séance. Les commentaires des auditeurs ont ainsi été formulés sans aucune connaissance de ce que contenait le "coffret" écouté et nous n'avons donc pas été influencés par la réputation de telle technologie ou telle marque.

Je remercie à nouveau Selectronic pour avoir mis à notre service son savoir faire, son expérience et son professionalisme réellement impressionants.

Enfin, et pour prévenir les remarques de ceux qui liront ce dossier jusqu'au bout, les participants étaient parfaitement sobres et en pleine possession de leurs moyens pendant toute la durée de la séance, ce qui s'explique par la nécessité pour tous - sauf moi - de regagner leurs foyers sans prendre de risque sur la route (Nicolas, si tu nous lis...hein quoi ? Non pas la chaîne de cavistes : le minisinistre)

 

le système de test

Le système utilisé pour l'écoute comparative est identique à celui du match précédent. Compe-tenu de la disposition assez exceptionnelle utilisée pour ce test, quelques photos méritent néanmoins d'être mises en ligne (cliquez sur les images) :

 

Didier à l'oeuvre. C'est "celui qui sait" mais qui ne dira rien

Alors Did, prêt pour un karaoké en classe D ?

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Un totem érigé aux dieux de la classe D

le Monolithe de "2001 Odysée de l'espace" a atterri dans mon salon !

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La face Sud du totem

Sur la droite, les numéros des amplis. Ce sera leur seule identité jusqu'à la fin du match (voir texte).

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Vos spaghettis, vous les préférez al dente ou très cuits ?

 

Au sommet du totem,

le fameux commutateur magique.

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Pour la postérité, le groupe prêt à en découdre avec classe

et même avec la classe D si nécessaire.

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les commentaires, le classement, les perdants et le vainqueur

Un amplificateur Goldmund 2 x 200W avait été écouté une partie de la matinée sur le disque test afin de constituer un repère. Le moment enfin venu de se mettre au travail, il a été décidé d'écouter les amplificateurs du test dans l'ordre suivant : n° 1, n° 2, n° 3 puis n° 4 - l'audace et l'originalité de ce choix méritaient d'être soulignés. Le jury m'a confié la tâche (bande de fainéants) de faire une synthèse des commentaires exprimés lors la séance. Ce sera donc beaucoup plus court que pour le match précédent, mais les différences entre appareils sont cette fois suffisament marquées pour ne pas avoir besoin d'écrire une page entière sur chaque amplificateur (sinon je postule pour un travail de pigiste dans une magazine spécialisé).

Donc voilà :

Ampli n° 1 : son propre mais manque flagrant de transparence. Tout est gommé, lissé, comme éteint. Les fins de réverbération ou de notes disparaissent beaucoup trop vite. Les écarts de dynamique sont rabotés, ce qui procure une restitution dans laquelle on a beaucoup de mal à entrer. On s'ennuie et on attend avec impatience la fin de certains passages.

Ampli n° 2 : ouh p.... ! C'est un chatoiement de vie, une explosion de dynamique, les voix deviennent palpables, charnelles. Le son est tendu à l'extrême, rapide, vif. Chaque enregistrement nous transporte dans un lieu différent. Un feu d'artifice permanent. Pour employer un terme anglais, la restitution est "involving". L'auditeur se sent soudain concerné par l'évènement sonore.

Ampli n° 3 : chaleur, assurance dans le bas du spectre, mais la spatialisation est moins bonne qu'avec l'amplificateur précédent. Dommage que le son soit un tout petit peu "électronique" et manque d'analyse et de finesse. La dimension du lieu de l'enregistrement est moins bien perçue qu'avec n° 2. Une opulence certaine, du corps. La comparaison avec n° 2 est bien difficile à soutenir.

Ampli n° 4 : on retrouve enfin - mais seulement en partie - les qualités de l'amplificateur n° 2. Cependant quelque chose nous gêne : tout est trop beau. Cela dégouline de sucrerie pour séduire. Il a mis trop de rouge à lèvre et ça déborde un peu, c''est un peu "pute". Le son est comme enjolivé, systématiquement flatteur. C'est cependant plaisant, quelqu'un fait une comparaison avec un son style "tube". Typiquement l'ampli qui séduit dans le magasin et qu'on change au bout de 6 mois.

Un premier classement : les avis exprimés de façon unanime par les membres du jury conduisent à placer en bonne dernière place, et très loin, l'amplificateur n° 1. L'amplificateur n° 3, jugé bon, ne peut cependant pas rivaliser avec les champions qui occupent les deux premières marches du podium.

Comme il faut pourtant qu'un vainqueur soit proclamé, nous décidons d'écouter de la musique : quelques extraits choisis dans le CD de travail ou dans la discothèque sont écoutés successivement sur n° 4 et sur n° 2, merci à Selectronic pour cet incroyable commutateur. Soudain, sur un passage de percussions extrêmement bien enregistré (pas de compression, dynamique énorme, grain extraordinaire) un cri a jailli dans le jury : "Arrgh, ce n'est pas croyable, c'est lui le vainqueur !". L'amplificateur écouté à ce moment était le n° 2.

Voici donc le résultat du quarté qui s'est courru en ce dimanche près de Chantilly : 2, 4, 3, 1. L'amplificateur n° 2 fait jeu égal avec le Flying Mole APS M160 déclaré vainqueur lors du dernier match. Ces deux amplis proposent une restitution vivante, prenante, et crédible de tout ce qu'on leur donne à reproduire. Le résultat est parfois mauvais ou épouvantable mais c'est alors à la source qu'il faut attribuer le défaut, à savoir l'enregistrement lui même, ce qui est bien la preuve que ce sont des amplificateurs à très haute-fidélité.

 

 

Mais enfin, ce suspense est insoutenable, par pitié : qu'y avait il dans ces boîtiers ?

C'est ce que vous attendez depuis le début mais je suis comme ça, j'adore voir souffrir les gens, je suis un monstre.

Que s'est il passé ensuite ?

Et bien des "Oh !" des "Ah ? " et quelques "Pas possible !" ont retenti lorsque Didier, voyant que les menaces de plus en plus précises où il était question de goudron et de plumes allaient être exécutées, a révélé ce que lui seul savait c'est à dire le contenu des coffrets numérotés. Je vous rappelle que les amplis en présence étaient tous habillés de la même (jolie) robe. Nous avons appris que :

(*) : De prime abord, le mérite de cet ampli est évidemment son prix défiant toute concurrence...mais c'est quand même un vrai Classe D

 

 

mise à jour du 3 décembre 2006

A l'occasion de la validation à l'écoute de de la carte d'entrées sorties Selectronic, un deuxième tour a eu lieu entre n° 2 et le Flying Mole APS-M160 qui avait remporté la victoire lors de la rencontre précédente. La confrontation donne sans constestation l'avantage à l'amplificateur n° 2. J'ai hâte que la production de cet amplificateur soit lancée. Le Flying Mole APS M160 avait pourtant emporté haut la main le premier match en raison de sa vivacité, de sa sérénité sur tous les messages à reproduire, de sa neutralité et de son respect du signal enregistré. Les comptes-rendus rédigés "à chaud" à ce moment l'indiquent assez clairement. Hier, à côté de l'autre amplificateur, il était à la peine, en particulier sur la capacité à différencier les enregistrements. Un extrait redoutable du nouveau CD de test comprend une plage constituée de deux enregistrements (choeur) d'une oeuvre de Maurice Ohana. Entre deux respirations des choristes on passe sans transition et en respectant la partition d'une prise de son à une autre. La différence est assez subtile mais elle est perceptible. Là où le Flying Mole laisse à peine percevoir une différence d'ambiance, le proto n°2 nous fait entendre une ambiance vraiment changée : placement des interprètes, réverbérations, artefacts de prise de son. Impressionnant. Pour le reste, le prototype a passé son temps à nous surprendre en devançant systématiquement l'APS-M160 partout où l'on croyait que celui-ci serait meilleur : tenue du registre grave supposée meilleure avec le FM, et bien non, puissance subjective, non plus. En comparaison immédiate le FM semble comme "éteint", proposant une restitution certes honnête mais moins prenante, un peu morne. La scène sonore est toujours un peu trop lointaine, ramassée. Avec n°2 on est "dedans", impliqué dans l'évènement. Nous pensions également qu'il serait plus fin dans l'aigu compte tenu des résultats du 1er match, et bien là aussi nous avons été surpris. N° 2 a devancé ce Flying Mole partout là où on s'attendait à ce qu'il se fasse enrhumer par celui-ci.

 

Conclusion

Malgré la victoire de n° 2 il n'y pas encore de conclusion car nous sommes à l'aube de l'amplification numérique. Jean Marc Plantefève a de son côté commencé un tour d'horizon de l'état actuel de la technologie avec la rigueur et la concision qui caractérisent ses écrits.

Ce dossier est donc plutôt une introduction à celui qui sera abordé prochainement : l'alimentation (pas la mienne, celle des classe D). En attendant, je vous invite à découvrir quelques images du rat pack de ce 29 octobre 2006 qui restera peut-être dans les mémoires de la haute-fidélité et assurément dans la nôtre !

 

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Légende

  1. Présentation des participants, on se dit tout, on se cache rien. Un moment de convivialité et de simple bonheur de vivre
  2. Préparation du matériel : réglage de l'offset d'un Clos Roca A propos blanc *. C'est du sérieux vu que ça va accompagner les toasts au saumon
  3. Le rat pack au complet, ces lascars sont prêts à tout !
  4. le Monolithe qui a atterri au milieu de salon suscite des interrogations
  5. un magnifique numéro d' imitation du mime Marceau, merci Franck on a bien ri
  6. Tweaking du plateau de fromage par Jean François F. le spécialiste de l'alimentation, ça tombe bien.

* Un magnifique vin à partager, du bonheur et de l'amitié en bouteille : Clos Roca A Propos blanc

 

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