Enceinte acoustique de référence

Octobre 2009

Moonlight

La machine à décrocher les mâchoires

 

 

Séparation à l'amiable

En Mars de cette année les enceintes avec lesquelles j'avais passé tant d'années et qui, à force d'optimisation et de mise en œuvre d'outils de plus en plus sophistiqués (amplification, filtrage) avaient fini par constituer une référence à mes oreilles - ainsi qu'à celles de quelques visiteurs ou amis - en matière de linéarité, de capacité dynamique, de bande passante et de niveau sonore possible sans impression de tassement ou de fouillis, ces enceintes donc sont reparties en Allemagne leur pays d'origine pour faire la joie de leur nouveau propriétaire. Cette séparation n'avait rien à voir avec une quelconque lassitude ou déception, oh non, mais avec la perspective de l'arrivée de remplaçantes à même de détrôner ces monstrueuses enceintes.

Le projet "M"

Le système de référence dont il est question ici était en projet dans la tête de mon ami Franck Mounier depuis que je l'ai rencontré et que nous avons mis en commun nos découvertes et nos activités. Il serait long de parler de la naissance de ce projet, Franck le fera bien mieux que moi. Pour faire simple et très synthétique, l'idée était de sortir des sentiers battus - expression oh combien galvaudée dans ce domaine - et de proposer une enceinte dont les principes seraient à l'opposé des mythes de l'audiophilie tendance intégriste à caisson de grave de plusieurs centaines de litres, pavillons, chambres de compression et dite "à haut rendement". Non par esprit de contradiction ou de gloriole, simplement parce que ces recettes ne pourront jamais dépasser le niveau de fidélité qu'elles autorisent aujourd'hui. Mais il ne suffit pas tel Don Quichotte d'enfourcher son cheval et d'aller crever des membranes en carton avec un manche à balai. Il s'agit de démontrer qu'il est possible, dans un volume ridiculement petit, de faire non pas aussi bien, mais mieux que n'importe lequel de ces systèmes. C'est de ce pari qu'est né le projet "M".

Mais alors me dira le lecteur attentif qui a tout bien lu depuis le titre, pourquoi parler de Moonlight ? Attends fils, tu vas comprendre. Tout projet humain s'inscrit dans la durée et ce qui se fait sans le temps, le temps se charge de le défaire (j'adore cet aphorisme). Moonlight est la première étape du projet "M", le passage du concept, du modèle mathématique à l'objet palpable et perceptible. C'est aussi et surtout un exercice de style, une démonstration. Moonlight est également la possibilité d'une gamme dont "M", en cours de finalisation, sera l'application, sans aucun compromis, de tout ce qui caractérise déjà Moonlight. Ce que Moonlight permet d'obtenir chez soi sera, dans le projet "M", développé à l'extrême limite de ce qu'il possible de faire avec les meilleurs haut-parleurs disponibles aujourd'hui.

Venons justement à ce dont est capable Moonlight. Une paire de ce modèle est installée dans mon salon. Je rappelle brièvement la constitution du système dont les éléments sont décrits sur cette page. En gros : une source numérique, un filtre actif convertisseur (le DCX2496) un contrôle de volume 6 voies et trois amplificateurs stéréophoniques. En multiamplification c'est un schéma classique depuis déjà longtemps. Il faut noter que "M", tout comme Moonlight, n'est pas prévu pour un autre mode de fonctionnement : l'enceinte sera fournie avec son processeur numérique et ne pourra être utilisée qu'ainsi, tout simplement parce que la fonction de transfert du système depuis le filtre jusqu'aux membranes des haut-parleurs constitue un tout cohérent et indissociable.

L'enceinte elle-même se présente sous la forme d'une colonne très fine à la finition gris argent. Les dimensions sont incroyablement réduites et lors de l'écoute on a du mal à se convaincre que le son est produit par de si petites enceintes : 160mm de largeur, 340mm de profondeur et 950mm de hauteur. Les côtés du coffret sont tendus de jersey argenté, c'est là que se trouvent les haut-parleurs chargés de reproduire le bas du spectre. Le système "M" sera à peine plus volumineux avec un maître-couple de 200mm, une profondeur de 470mm et une hauteur de 1100mm. La connexion aux amplificateurs est réalisée au moyen de Neutrik Speakon. Pour le reste la photographie permet de se faire une bonne idée de l'aspect que je qualifierai d'élégant et sobre. En tout cas, en comparaison avec les Titan le champ visuel dans le salon est maintenant très dégagé.

 

Mais qu'a-t-elle donc de si extraordinaire cette enceinte ?

Et oui, elle est jolie mais ce n'est ni la première enceinte colonne ni la première 3 voies du marché. C'est la partie la plus difficile de cette page : comment faire pour décrire ce dont est capable Moonlight / "M" sans tomber dans le dithyrambe suspect ou sans épuiser son dictionnaire de superlatifs ?

Je vais commencer par un constat sans appel : les Moonlight balayent littéralement et à tout point de vue les Quadral Titan qui m'ont servi de référence (configurées et optimisées en tri-amplification, j'insiste) jusqu'ici. Les Moonlight ont une bande passante tellement étendue et une réponse tellement linéaire que je suis certain qu'aucune enceinte actuelle n'est capable de rivaliser avec elles sur ces aspects. Il y a une raison à cela : la réponse en amplitude / fréquence tient dans un canal de 1dB de part et d'autre d'une droite ! Le résultat est qu'avec une telle linéarité, absolument tout ce qui se trouve dans l'enregistrement est reproduit sans atténuation ni coloration. Comme le proclame la page d'accueil du site Moonaudio "toutes les vérités sont bonnes à entendre". Je reviendrai sur cela un peu plus loin. Les relevés effectués sur la paire d'enceintes que j'utilise en témoignent, bien des studios d'enregistrement ou de mastering seraient heureux de disposer d'un système aussi linéaire. Et du coup, lorsque ces gens ont bien fait leur travail on en profite totalement. Lorsque l'enregistrement n'est pas bon aussi, de façon tellement évidente, avec une telle immédiateté que c'en est déconcertant.

Moonlight est le premier système que je sois incapable de caractériser : il n'a pas de caractère propre ! Toutes les vérités sont bonnes à entendre déclare Moonaudio, j'y souscris totalement et j'ajouterai aussi : toutes les vérités sont différentes car la Moonlight est tellement absente en tant que medium entre l'enregistrement et l'oreille que toute différence existant d'un disque à l'autre, fut-elle infime jaillit avec une lumineuse évidence ! Le moindre détail, la micro-dynamique si essentielle à la restitution d'une ambiance, tout est retranscrit. Moonlight est l'aboutissement du concept selon lequel un système de reproduction doit disparaître, s'effacer pour ne laisser passer QUE ce qu'il y a sur le disque et TOUT ce qui s'y trouve. La conséquence de cette caractéristique est qu'à l'écoute on ne se rend pas compte du temps qui passe, on va de surprise en surprise, d'ambiance en ambiance, le voyage est total, on en redemande disque après disque on a faim de découvrir le suivant et l'on touche du doigt ce que Leonard Norwitz et Peter Qvortrup d'Audio Note écrivent dans cet article de référence. La voie royale que se doit de suivre tout amateur de reproduction sonore pour élaborer son système consiste à choisir systématiquement le maillon qui laisse passer le plus de différences entre deux enregistrements. C'est la seule façon de ne pas élaborer une chaine audio qui, au lieu de reproduire la musique, l'interprète. Je vous assure que le dire est une chose, le constater est un choc. C'est également le sens du préambule de la page dédiée au disque de travail .

Pour rester dans l'aspect technique de la reproduction il faut aussi parler de la vitesse et de la cohérence avec laquelle l'information sonore est transmise, l'absence d'inertie appliquée à la reproduction du son procure la sensation que l'évènement prend naissance non pas au niveau de la membrane du haut-parleur mais dans l'air de la pièce, et exactement à l'endroit où le micro l'a capté. L'image sonore est tout simplement holographique. J'ai beau essayer de ne pas employer de mots usés jusqu'à avoir perdu leur sens dans la haute-fidélité mais c'est vraiment ce qui se produit dans la pièce d'écoute. Un instrument est reproduit avec sa forme, sont volume exact, sa place dans la formation, que celle-ci soit petite ou qu'il s'agisse d'un orchestre symphonique, d'une fanfare, d'un bigband. C'est tout simplement renversant. L'impact de la peau d'un tambour ou d'une grosse caisse est naturel, il est ressenti physiquement et parfaitement localisé dans l'espace. Enfin, la scène sonore peut passer de l'immensité d'une nef ou d'une salle de concert au très intime, au concentré dans quelques mètres carrés. Je n'ai jamais entendu cela avant, nulle part. 

Le dernier aspect, et non le moindre, sur lequel il faut insister est le fait que même lorsque le niveau est très élevé on a jamais l'impression que le système joue trop fort. C'est le signe d'une distorsion infinitésimale et d'un rayonnement en puissance homogène. C'est sur cet aspect que pêchent les systèmes les plus prestigieux. Les Moonlight se jouent des tutti d'un orchestre déchainé, des chœurs les plus fournis ou du plein jeu de l'orgue. Tout passe avec une aisance qui fait oublier que l'on est en présence d'un simple disque contenant de la "musique en conserve".

 

 
A propos des mesures

Tant de qualités pour une si petite enceinte, c'est du bidon ! Avouez que c'est ce que vous pensez après avoir lu ce qui précède. Avant d'aborder quelques aspects des performances objectives du système Moonlight, c'est à dire mesurables et reproductibles, il convient de faire un petit rappel de vaccin. Les résultats obtenus ne doivent rien à un dispositif plus ou moins magique, fruit d'un quelconque fantasme comme on en rencontre tant chez les audiophiles. Il n'y a rien dans la conception et la structure de l'enceinte et du processeur numérique associé qui ne soit l'application de principes de belle et bonne physique.

Par exemple, au niveau du délai de groupe, entre 800Hz et 20kHz - c’est justement la zone de sensibilité maximale aux variations de phase - sans aucun lissage, il tient en ± 100 µs ! Le recoupement entre le médium et le tweeter est totalement invisible et ne crée aucun accident repérable. A 300Hz, le délai n’est que de 500µs. Pour autant que je sache, Moonlight présente un délai de groupe d’un degré de linéarité inconnu à ce jour. Cette performance unique et la réponse en puissance, proche de l'idéal théorique pour un système multivoies non coaxial, constituent l'explication principale de la reproduction holographique de l'image et de sa capacité à varier du tout au tout d'un enregistrement à l'autre.

La vitesse, l'instantanéité de la réponse dynamique découlent de la recherche obsessionnelle de l'amortissement optimum parfaitement perceptible sur l'impulsion par l'exemplaire rapidité de son extinction. Pour employer le langage habituel de l'audio : tout le monde démarre et s'arrête instantanément ensemble.

La neutralité est bien sûr directement liée à la linéarité de la réponse amplitude-fréquences ( ± 1dB) conjuguée avec le contrôle ultra-strict des moindres résonances. Si vous voulez comparer, je voudrais souligner que cette mesure est faite à 2m des enceintes, en condition réelle et sans aucun lissage, à la différence des publications des constructeurs qui mesurent à 50cm pour s'affranchir (c'est à dire dissimuler) le plus possible les phénomènes de diffraction et qui usent et abusent du lissage pour impressionner le chaland !

Quant à l'absence d'étranglement sur les pointes de modulation, elle est le fruit d'une sélection draconienne des haut-parleurs permettant la réduction de la variation de l'inductance motionnelle, autrement dit la variation d'inductance liée à l'excursion de l'équipage mobile. C'est uns des facteurs qui expliquent pourquoi certains haut-parleurs donnent l'impression de gueuler dès qu'on leur demande du niveau.

 

réponse amplitude fréquence

 

    

réponse impulsionnelle et Group Delay

 

 

Bientôt la suite

Moonlight est donc une première solution pour celui qui veut disposer d'un système domestique de référence, j'insiste absolument sur ce mot qui a tout son sens ici. "M" en sera l'aboutissement et constituera alors l'état de l'art en matière d'enceinte acoustique conçue comme un outil au service de la Musique et de la vérité de l'enregistrement, la seule que l'amateur puisse appréhender. 
Pour atteindre cet objectif il n'y a pas d'autre solution que le recours à la science et à ses outils : la mesure. John Dunlavy, concepteur d'enceintes qui a droit au plus grand respect aime à dire que "... no loudspeaker can sound more accurate than it measures. It may sound worse, or it may sound sweeter, prettier, but if we're talking about absolute accuracy—the ability of the speaker to reproduce as perfectly as possible whatever's fed to it—such a system can never sound more accurate than it first measures" * . Moonlight est la démonstration éclatante de cette approche.  
* "...aucun haut-parleur ne peut sonner plus précisément que le résultat de ses mesures. Il peut sonner plus mal, ou il peut sonner plus doux, plus joliment, mais si l'on parle de précision absolue - la capacité du haut-parleur à reproduire aussi parfaitement que possible ce que l'on y injecte - alors un tel système ne pourra jamais sonner plus précisément que ce que ses mesures indiquent".

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